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Alain Brassart, « Familles je vous hais » ou comment les cinéastes homosexuels français portent une regard critique sur l’institution familiale

« Famille je vous hais » ou comment les cinéastes homosexuels français portent un regard critique sur l’institution familiale

 

Alain BRASSART

 « Je m’intéresse aux gens qui n’arrivent plus à s’identifier à leur famille, qui n’arrivent plus à jouer le rôle que la société leur impose. »

André Téchiné (Le Monde, 18/05/93).

Selon les travaux de nombreux sociologues, « la famille constitue l’un des lieux privilégiés pour saisir la manière dont s’articulent, selon une foule de modalités, l’individuel et le collectif, pour rendre compte de la complexité des processus de reproduction humaine et sociale, de socialisation et de construction de l’identité1. » Dans la littérature comme au cinéma, la famille est présentée soit comme un lieu refuge dans lequel le parent comme l’enfant peuvent s’épanouir, soit comme une prison étouffante. Les écrivains et les cinéastes homosexuels privilégient un regard noir sur la famille traditionnelle, incapable de prendre en compte des désirs qui s’écartent de la norme. Au cinéma , François Ozon (Sitcom, 1998 ; 8 femmes, 2001), Sébastien Lifshitz (Presque rien, 2000) ou Patrice Chéreau (L’Homme blessé, 1983 ; Ceux qui m’aiment prendront le train, 1998) se complaisent à dépeindre, avec humour pour le premier, des univers familiaux oppressants. D’autres cinéastes cependant proposent un regard plus nuancé sur la famille. Olivier Ducastel et Jacques Martineau mettent en scène une famille imaginée dans Drôle de Félix (2000) ou utopique dans Crustacés et coquillages (2004) – après son coming out, le père (Gilbert Melki) partage la maison de vacances

1« Nouvelles familles, nouveaux défis pour la sociologie de la famille », Anne Quéniart et Roch Hurtubise in Sociologie et sociétés, vol. 30, n° 1, 1998, p. 133-143.

avec son amant et amour de jeunesse (Jean-marc Barr), sa femme (Valeria Bruni Tedeschi) et ses enfants. Quant à André Téchiné, son regard incisif sur la famille n’est jamais caricatural comme le révèlent deux scènes de repas : dans Le Lieu du crime (une communion) et dans Les Roseaux sauvages (un mariage), respectivement sortis en 1986 et 1994, Téchiné met en évidence un bonheur familial factice. Ces deux films sont surtout construits autour de la figure d’un adolescent en pleine construction identitaire qui s’affronte à une figure paternelle respectueuse de règles que le jeune protagoniste tente de subvertir. La difficulté d’être intégré au sein de la famille préfigure bien évidemment les problèmes d’intégration des homosexuels dans une société patriarcale (ou viriarcale) et homophobe. Mais la force de Téchiné est de ne pas réduire cette problématique à la seule dimension homosexuelle. La mère du jeune communiant (Le Lieu du crime), incarnée par Catherine Deneuve, est également prête à s’oppposer aux règles familiales afin de pouvoir vivre sa passion amoureuse avec un fugitif. L’objet de cette communication est de mettre en lumière le regard porté par les cinéastes homosexuels sur la famille, un regard souvent critique, comparable à certains égards à celui de certaines cinéastes femmes

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