Accueil » Uncategorized » Alice Marzloff, Les filles-mères et les bâtards dans le cinéma muet

Alice Marzloff, Les filles-mères et les bâtards dans le cinéma muet

LES FILLES-MÈRES ET LES BÂTARDS DANS LE CINÉMA MUET

Alice MARZLOFF

            Si le cinéma des premiers temps s’est immédiatement intéressé aux vues familiales mettant en avant l’amour parental et le bonheur des enfants, il s’est progressivement intéressé aux drames familiaux concernant les projets de mariage contrariés, les relations extraconjugales, les filles-mères et les enfants nés hors mariage. Ainsi, le cinéma muet a traité ces thèmes par le biais des relations entre parents et enfants, des jeunes filles abusées par des séducteurs ou encore des enfants bâtards en quête d’amour parental. Ce processus a lieu dans la continuité des démarches sociales et étatiques pour lutter contre l’infanticide et reconnaître que les adultes font subir des souffrances aux enfants. Ces démarches s’accentuent à partir du dix-neuvième siècle jusqu’aux années 1920, lorsque les décisions de l’État, les initiatives des particuliers, les progrès de la médecine et les productions artistiques convergent vers la protection de l’enfance.

Bien que ces drames prennent en considération les valeurs morales, politiques et religieuses qui régissent les mœurs de l’époque, ils participent également à la légitimation des relations hors mariage et des enfants qui en sont nés, ainsi qu’à la sublimation de l’amour maternel. Ils questionnent ainsi les notions de mariage, de famille et de légitimité de l’enfant, mettant en scène leurs failles et dénonçant les contraintes qui leur sont liées. En effet, s’ils admettent que les relations préconjugales ou extraconjugales constituent une faute, voire un péché, ou que le mariage morganatique soit souvent refusé aux couples amoureux, ils démontrent également que les enfants bâtards sont innocents, qu’ils peuvent être plus dignes de l’honneur familial  et plus légitimes que des enfants issus du couple marié, et que les filles-mères méritent de racheter leur faute.

Toutefois, la reconnaissance de la dignité des bâtards et des filles-mères ne peut avoir lieu que dans des circonstances où l’amour entre les couples hors mariage est prépondérant sur la famille légitime. En effet, dans le cas de l’infidélité de l’épouse, comme dans Face à l’ennemi, l’enfant né dans le cadre du mariage est soupçonné de ne pas être le fils naturel du mari. Le bâtard, parce qu’il a été conçu pendant une séparation du couple marié, par amour et après que son père a sauvé la vie de sa mère, est alors plus digne de véhiculer les valeurs familiales transmises de père en fils. De même, le mariage frauduleux organisé par un séducteur pour parvenir à ses fins, comme dans À travers l’orage, disculpe la mère de la faute dont elle est accusée. L’intrigue s’articule alors davantage autour du contexte familial et amoureux pour dénoncer les abus dont le couple hors mariage est victime.

Au contraire, la conception d’un enfant hors mariage sans circonstance atténuante ne nécessite pas d’intrigue cherchant à innocenter la mère. De ce fait, seul le sort réservé à la fille-mère et à l’enfant, sans intérêt pour le père naturel, est traité dans l’intrigue, les relations du couple étant brièvement exposées, comme dans Les ramoneurs de la vallée d’Aoste. L’amour entre la fille-mère, ses parents et son enfant est alors mis à l’épreuve afin de racheter la faute et d’obtenir soit la reconnaissance de la famille paternelle, soit un mariage. De cette manière, le couple amoureux et digne d’honneur est réconcilié et l’enfant reçoit des droits. La famille légitime est alors une forme de pardon tant social que légal.

Notre projet consiste à analyser un corpus international de quelques films, réalisés entre 1914 et la fin des années 1920, dont l’intrigue dramatique s’articule autour des mésaventures des filles-mères et des bâtards. Nous remettrons ces films dans le contexte d’un processus de défense des pupilles de la nation, puis de l’ensemble des orphelins. La Grande Guerre a en effet contribué à donner de l’intérêt aux enfants sans état ayant perdu leur père au front, puis aux enfants dont les parents sont morts.

Dans quelle mesure les images des veuves et des orphelins de la première Guerre Mondiale ont-elles contribué, dans le cinéma, à détruire l’image négative des filles-mères et des enfants illégitimes ? Comment le cinéma opère-t-il pour réintégrer la femme et l’enfant dans le processus social du mariage et de la filiation ? Dans quelle mesure les films sélectionnés participent-ils à la réhabilitation morale et sociale des filles-mères et des bâtards ?

CORPUS FILMIQUE :

Gli Spazzacamini della Val d’Aosta (Les ramoneurs de la vallée d’Aoste) Umberto PARADISI, Italie, 1914

Moi Syn (Syn / Staroe derzhit) [Moi figlio / My Son] Yevgenii CHERVIAKOV, U.R.S.S. 1928

Oliver Twist Frank LLOYD, U.S.A. 1922

Tagebuch einer Verlorenen (Journal d’une jeune fille perdue ou Trois pages d’un journal) Georg-Wilhelm PABST, Allemagne 1929

The Unwanted (Face à l’ennemi) Walter SUMMERS, Grande-Bretagne, 1924

Way Down East (À travers l’orage) David Wark GRIFFITH, U.S.A. 1920

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :