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Aurélie Noureau, L’Espagne et la reconnaissance de familles multiformes à travers le cinéma de Pedro Almodovar

L’Espagne et la reconnaissance de familles multiformes[1] à travers le cinéma de Pedro Almodovar

Aurélie NOUREAU

L’objet de la communication est de souligner les évolutions fulgurantes du concept de famille en Espagne à travers le cinéma extrêmement riche et coloré de Pedro Almodovar.

La famille que nous livre la filmographie du célèbre réalisateur espagnol vole systématiquement en éclats afin de nous proposer une famille qui dépasse (et parfois explose !) une conception traditionnellement attachée au dogme catholique. Cette famille nouvelle et souvent « plus bizarre » comme aime le rappeler Frédéric Strauss dans ses Conversations avec Almodovar, rencontre une assise réelle dans l’Espagne d’aujourd’hui. En effet, à l’heure où la société française se divise sur le mariage homosexuel, l’Espagne fait figure de précurseur en légalisant dès 2005 ce mariage « impie ».

Le but de notre propos n’est pas de faire du réalisateur espagnol l’inspirateur des grandes réformes socioculturelles entreprises par l’Espagne, mais plutôt d’apporter, à travers quelques films, un éclairage sur les mutations de la famille espagnole qui ont conduit progressivement à l’adaptation juridique du statut de la famille en Espagne.

Car l’Espagne qu’Almodovar dépeint dans ses films n’est jamais totalement éloignée de la réalité. En effet, le trublion du cinéma espagnol s’inspire très souvent de personnages réels ou de situations existantes, à partir desquels, de leur observation, il réinvente la vie des personnages et les confine dans des situations souvent abracadabrantesques sans jamais pour autant, tomber dans la caricature.

Le thème de la famille est un thème récurrent dans l’ensemble de la filmographie du cinéaste espagnol. Que ce soit de manière implicite, à travers la mise en scène de relations « peu catholiques » où les pères ont des relations sexuelles avec leur fille comme dans El laberinto de pasiones, ou Volver ; ou avec leur fils, comme dans La ley del deseo. La plupart des films d’Almodovar surligne le rôle de la mère en alternant les symboliques de refuge comme dans La flor de mi secreto, de cruauté, d’égoïsme comme dans Tacones lejanos, de tendresse et d’amour comme dans Todo sobre mi madre.

Dans Pepi, Luci, Bom y otras chicas del monton, le cinéaste, à la fin du film, bouscule la symbolique du mariage lorsque Luci, la femme du policier qui a violé Pepi, avoue à ses amies, qu’elle a choisi d’épouser un policier dans l’intention que ce dernier la violente et la tyrannise.

Enfin, de manière beaucoup plus explicite, Almodovar a particulièrement disséqué le thème de la famille. D’abord, d’une manière noire, comme dans ¿ Qué he hecho yo para merecer esto ?, où Almodovar décrit les conditions de vie affligeantes d’une mère de famille dans un ensemble HLM, en périphérie de la M30 à Madrid, obligée de recourir aux amphétamines pour affronter chaque jour les tâches du quotidien et veiller à la subsistance de sa famille  ; ou de manière plus optimiste dans ¡ Atame ! où le cinéaste aborde une façon originale de fonder une famille ; Manuela, ex-actrice de porno, reconvertie dans le cinéma traditionnelle est enlevée par Ricky. Le jeune homme qui se prétend « seul au monde », sort d’un hôpital psychiatrique et ne désire plus qu’une chose : avoir une vie normale, c’est-à-dire fonder une famille avec une femme qu’il aime et qui l’aimera, et avoir des enfants. Fonder une famille s’envisage alors comme une rédemption et ces deux personnages « anormaux » vont alors expérimenter à huis-clos les moments ordinaires de la vie d’un couple « normal » dans des circonstances qui pourtant sont exceptionnelles et étranges (l’enlèvement, la séquestration, l’enfermement !).

Enfin, Todo sobre mi madre apparait être l’un des films le plus intime du cinéaste. Les liens entre la mère et l’enfant – ici décédé – et le père absent y sont abordés avec une très grande sensibilité. Esteban, renversé par une voiture, décède. Sa mère, qui lui avait promis un jour de lui révéler la vérité sur son père – Esteban, qu’elle a quitté peu après la naissance de leur enfant -, accablée par la douleur et le remord, décide de partir à la recherche de ce père disparu, devenu Lola. Pour préserver son fils, elle n’a jamais voulu qu’il sache que son père était devenu transsexuel, qu’il avait sombré dans la prostitution et était atteint du SIDA.

Nous pourrions nous attarder sur l’ensemble de la filmographie (riche !) de ce cinéaste, mais pour des raisons évidentes de temps, nous ne retiendrons qu’un nombre limité de films à analyser, même si tous méritent des précisions quant à la teneur et aux ambigüités des relations qu’entretiennent les familles « almodoriennes » !

Les portraits de ces familles que nous livre Almodovar sont très contemporains des familles rencontrées en Espagne, et ailleurs ! Almodovar a d’ailleurs confié à maintes reprises que la famille au sens traditionnel, imposée par le dogme catholique, est aujourd’hui complètement désuète. « S’il y a quelque chose qui caractérise notre fin de siècle, c’est justement l’éclatement de la famille. Il est possible maintenant de créer une famille avec d’autres membres, d’autres relations, d’autres relations biologique »[2]. Ce qui traduit bien les transformations juridiques rencontrées en Espagne depuis quelques années, et sur lesquelles nous reviendrons. Le cinéaste va plus loin en affirmant en 2009 qu’une famille aujourd’hui peut être composée de « pères séparés, de travestis, de transsexuels et même de nonnes atteintes du VIH » ![3]

Ainsi la problématique poursuivie est la suivante :

Problématique : La déconstruction de la famille traditionnelle en Espagne dans le cinéma de Pedro Almodovar.

La démonstration devrait s’articuler autour de 2 axes :

  • Fonder une famille (intitulés qui seront, bien entendu à préciser)

Seront examinés :

Remise en cause des valeurs traditionnelles de la famille

Rôle central de la mère, démantèlement du modèle patriarcale en Espagne.

F Pepi, luci, bom y otras chicas del monton ; ¿Qué he hecho yo para merecer esto ?; ¡Atame !

  • Statut des « nouvelles » familles espagnoles (idem/ intitulé à travailler)

Partie plus « juridique » à partir du film Todo sobre mi madre – qui invite à des réflexions plus générales portant sur les question du transsexualisme, du mariage homosexuel et de l’adoption.

*

*            *

En évoquant une famille multiforme, Almodovar fait correspondre une réalité de la société espagnole que l’État espagnol a semble-t-il entériné. Même s’il demeure encore des points à améliorer, l’Espagne propose-t-elle pour autant un nouveau modèle de famille transposable à l’ensemble des États européens ? Rien n’est moins sûr ! Car la famille bénéficie toujours de nos jours de cette dimension sacrée et intouchable, et par conséquent, difficilement modifiable.

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À titre indicatif :

 

Filmographie

 

Almodovar P., Pepi, Luci, Bom y otras chicas del monton/Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier, Espagne, 1980

Almodovar P., ¿Que he hecho yo para merecer esto ?/Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?, Espagne, 1984

Almodovar P., Atame/Attache-moi, Espagne, 1989

Almodovar P., Tacones lejanos/Talons aiguilles, Espagne, 1991

Almodovar P., Todo sobre mi madre/Tout sur ma mère, Espagne, 1999

Almodovar O., Volver, Espagne, 2005

Bibliographie (qui sera complétée)

 

Aubert J.-P.,  « Le cinéma de l’Espagne démocratique, les images du consensus », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 2002/2, n° 74, p. 141 à 151

Del Campo S., La nueva familia española, Madrid, Eudema, 1991, 139 p.

Mejean J.-M., Pedro Almodovar, Gremese international, 2004, coll. « Les grands cinéastes », 121 p.

Mialot Camille, « Mariage entre personnes de même sexe : validation de la loi espagnole », Dalloz, 2012, p. 2890.

Pichardo Galán J. I., « Espagne. Le mariage homosexuel au pays de la famille », in Descoutures V., Mariages et homosexualités dans le monde, éd. Autrement, 2008, coll. « Mutations », p. 62-71.

Seguin J.-Cl., Pedro Almodovar, filmer pour vivre, Paris, éd. Ophrys, 2009, coll. « Imágenes », 129 p.

Sotinel Th., Pedro Almodovar, Cahiers du cinéma, 2007, coll. « Grands cinéastes », 95 p.

Strauss F., Conversation avec Almodovar, Cahiers du cinéma, 2004, 223 p.

Touraine A., « Y a-t-il un modèle espagnol ? », Pouvoirs, 2008/1, n°124, p. 145-156


[1] F. Strauss, Conversations avec Almodovar, Cahiers du Cinéma, 2004, 223 p. (p. 162) où Almodovar évoque « des familles multiformes qui reposent sur l’affection ».

[2] F. Strauss, Conversations avec Almodovar, Cahiers du Cinéma, 2004, 223 p. (p.162).

[3] Entretien accordé au journal Die Zeit en 2009 lors de son passage en Allemagne pour la promotion de son film, Los abrazos rotos, http://www.lesquotidiennes.com/soci%C3%A9t%C3%A9/selon-almodovar-la-famille-peut-etre-compos%C3%A9e-dhomosexuels-de-travestis.html

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