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Gilles Menegaldo, La famille en crise : rites, failles, tensions et résolutions dans Intérieurs et Hannah et ses soeurs

« La famille en crise : rites, failles, tensions et résolutions dans Intérieurs et Hannah et ses sœurs »

Gilles MENEGALDO

Abstract

La famille et les conflits familiaux sont au cœur du cinéma de Woody Allen. La famille est parfois associée à l’enfance (Annie Hall, Crimes et délits, Radio Days) et apparaît de manière ambivalente comme facteur d’unité ou de discorde, comme lieu magnifié par la nostalgie ou à l’inverse locus aliénant, et enfer à fuir. D’autres films sont plus axés sur les modes de cristallisation d’une crise. Intérieurs et Hannah et ses sœurs sont tous deux centrés sur les rivalités et conflits familiaux, le désir et la frustration, mais aussi le rapport avec la création artistique. Dans les deux cas aussi se trahit une influence du cinéma de Bergman, tant au niveau thématique que formel même si la musique tchékhovienne se fait également sentir dans Hannah et ses sœurs. Au-delà des résonances évidentes entre ces deux films (les relations tendues entre trois sœurs, le désir et l’adultère, le sentiment de vide existentiel, la tentation du suicide), ces deux films trahissent une évolution sensible de la vision de la famille chez Allen, mais illustrent aussi la mobilisation de procédés narratifs et formels différents.

Intérieurs est surtout centré sur la crise du couple et sur le rôle joué par l’intrusion d’une étrangère (Pearl la maîtresse) au sein de la famille WASP, amenant à une remise en cause des certitudes. Le film utilise ponctuellement la voix off subjective, mais joue surtout sur les scènes dialoguées. La mise en scène met en valeur les décors et contraste les couleurs froides associées au personnage d’Eve, la femme mortifère qui sacrifie la vie (son mari, ses enfants) à l’art et la représentation, et les couleurs chaudes associées à Pearl, personnage incarnant un dynamisme vital. Hannah et ses sœurs est plus fortement structuré, pas la mise en chapitres qui évoque le roman, par la présence d’une double intrigue, mais aussi par une série de rituels (3 repas de Thanksgiving en particulier) qui traduit l’évolution des relations familiales (les couples et aussi les trois sœurs). La subjectivité du point de vue est beaucoup plus affirmée et s’exprime en particulier par la voix narrative, le monologue, et la focalisation interne. L’approche est aussi plus polyphonique et laisse s’exprimer les divers protagonistes. Le système chromatique, à base de couleurs chaudes, est plus homogène et les cadrages sont moins ostensiblement bergmaniens. Les deux films diffèrent aussi par leur clôture. Si le destin tragique du personnage d’Eve dans Intérieurs semble inéluctable tant la pulsion de mort s’exprime fortement, on s’interrogera sur les modalités de représentation et les raisons du choix du happy end dans Hannah et ses sœurs.

Eléments de bibliographie

Bailey, Peter, The Reluctant Art of Woody Allen, The University of Kentucky, 2001

Björkman, Stig, Entretiens avec Woody Allen, Cahiers du cinéma, 2002

Dandrieu Laurent, Portrait d’un anti-moderne, CNRS Editions, 2010

Girgus, Sam, The Films of Woody Allen, Cambridge University Press, 1993

Lax, Eric, Entretiens avec Woody Allen, Plon, 2007

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