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Nicoletta Perlo, L’évolution du droit de la famille dans le cinéma italien

L’évolution du droit de la famille dans le cinéma italien. De la Constitution de 1948 à aujourd’hui

 

Nicoletta PERLO

A la marge ou au centre des intrigues, la famille est toujours présente dans le cinéma italien. Reflet fidèle d’un pays où l’attachement au nucleus familial et la confiance en ce dernier sont encore très solides, le cinéma a analysé au travers de multiples approches – psychologiques, psychanalytiques, sociales et politiques – la place de la famille  dans la vie collective et individuelle des italiens. Parfois simples enregistreurs de la réalité, d’autres fois propulseurs de changement, les films italiens ont à chaque fois accompagné et précédé les grandes réformes qui ont intéressé le droit de la famille en Italie. Ma contribution vise à analyser cet aspect particulier de “la famille au cinéma”. Choisissant comme période privilégiée celle qui va de l’adoption de la Constitution républicaine – 1948 – à aujourd’hui, j’entends montrer, au travers d’une série de films-clés, comment les histoires du cinéma se sont faites et se font actuellement interprètes des instances de réforme de la société italienne, vis-à-vis d’un législateur souvent en décalage par rapport à la réalité du pays.

En Italie, 1975 est la date de référence en matière de droit de la famille. C’est pendant cette année, en effet, que le livre Ier du Code civil de 1942 consacrée à la famille a enfin été réformée (Loi n°151 du 19 mai 1975), afin de se conformer, à la fois, au texte constitutionnel et à la nouvelle réalité sociale du pays. De la conception institutionnelle et hiérarchisée de la famille, issue du Code fasciste, l’Italie passe à une nouvelle conception, fondée sur l’égalité, la liberté et l’individualisme. Deux films témoignent de l’urgente nécessité de faire évoluer un droit conçu pour la préservation de la famille-institution et non pas pour la satisfaction des aspirations des individus qui en font partie : Divorzio all’italiana (Pietro Germi, 1961) et Matrimonio all’italiana (Vittorio De Sica, 1964). Les deux comédies, parfois de façon grotesque, illustrent avec succès jusqu’où les individus peuvent aller pour contourner des lois qui leur empêchent de réaliser leurs envies affectives ou de protéger leurs enfants. Le premier film dénonce l’interdiction de divorcer ainsi que l’inégalité de la régulation de l’adultère pour l’homme et la femme. Le deuxième film aborde les conséquences dramatiques de la distinction entre la filiation légitime et la filiation naturelle.

Celle de 1975 a été la seule et la dernière grande réforme du droit de la famille de l’Italie républicaine. Depuis, quelque loi est intervenue pour modifier ou intégrer des parties du Code (introduction de l’IVG, Loi n°194/1978 ; réglementation de l’adoption, Loi n°184/1983 ; réglementation, très restrictive, de la PMA, Loi n°40/2004), mais les nouvelles instances de la société contemporaine, pour l’instant, reste sans réponse. Le cinéma se charge alors de raconter les histoires des « familles post-modernes » (V. Pocar, Diritto e famiglia, Milano, 2004), où le mariage n’est plus l’institution qui permet de fonder une famille, mais l’une des modalités d’organisation de la vie commune de deux personnes. De nombreux italiens demandent désormais au législateur de privilégier la simple gestion des relations entre les individus, sans imposer un modèle de famille idéale. Puisque si la « famille idéale », formée par un couple hétérosexuel, marié, avec des enfants procréés naturellement, existe encore, elle n’est plus qu’un mode de vie familiale parmi d’autres. De nombreux films témoignent des conséquences de la négation des droits aux couples non-mariés, avec une attention particulière pour les couples homosexuels. Improvvisamente, l’inverno scorso (Gustav Hofer et Luca Ragazzi, 2008) est un film documentaire où un couple homosexuel suit le débat sur la proposition de loi de février 2007 reconnaissant les unions civiles (Droits et devoirs des personnes qui vivent ensemble stablement – DICO). Le couple analyse le texte législatif, qui ne sera jamais approuvé, et mène une enquête sociologique sur les différentes conceptions de famille des italiens. Il vento, di sera (Andrea Adriatico, 2004) recourt en revanche à la fiction pour montrer les conséquences dramatiques de la reconnaissance manquée aux couples non-mariés des droits d’assistance et de succession. Le film Outing – Fidanzati per sbaglio (Matteo Vicino, 2013), dans la tradition de la comédie à l’italienne, montre les paradoxes des inégalités juridiques : deux hommes hétérosexuels font semblant d’être en couple pour participer à un appel à projet régional soutenant les jeunes entrepreneurs, réservé exclusivement aux homosexuels.

Le cinéma des années 2000 dénonce en outre l’insuffisance des politiques publiques en soutien de la famille. Dans le pays qui voudrait s’ériger à paladin de la famille traditionnelle, de fait, cette même famille est abandonnée à elle-même et peine à se constituer. La crise économique sert à justifier le retrait étatique en matière d’aides sociales et en même temps frappe de plein fouet les jeunes, qui, pris par la précarité du travail, n’arrivent pas ou très difficilement à former leur propre famille. En l’absence de l’Etat, le seul soutien vient des  familles d’origine, qui, si disponibles, remplacent les institutions publiques, s’occupant des petits-enfants et soutenant  financièrement leurs fils et filles. La nostra vita (Daniele Luchetti, 2010) raconte avec une grande intensité l’histoire d’un père seul, qui pour subvenir aux besoins de ses deux enfants se laisse entraîner dans la criminalité organisée. L’Etat n’est pas là pour l’aider, la mafia oui. La ballata dei precari (Silvia Lombardo, 2012) ainsi que Il Vangelo secondo Precario (Stefano Obino, 2005) illustrent bien les difficultés et les frustrations d’une vie vécue dans la précarité du travail, qui souvent induit la précarité affective et l’impossibilité de fonder une famille.

Filmographie

–          Divorzio all’italiana/Divorce à l’italienne, GERMI (Pietro), Italie, 1961

–          Matrimonio all’italiana/Mariage à l’italienne, DE SICA (Vittorio), Italie, 1964

–          Le fate ignoranti/Tableau de famille, OZPETECK (Ferzan), Italie/France, 2001

–          L’ultimo bacio/Juste un baiser, MUCCINO (Gabriele), Italie, 2001

–          Il vento, di sera, ADRIATICO (Andrea), Italie, 2004

–          Il vangelo secondo Precario, OBINO (Stefano), Italie, 2005

–          Improvvisamente, l’inverno scorso, HOFER (Gustav) et RAGAZZI (Luca), Italie, 2008

–          Baciami ancora/Encore un baiser, MUCCINO (Gabriele), Italie, 2010

–          La nostra vita, LUCHETTI (Daniele), Italie/France, 2010

–          La ballata dei precari, LOMBARDO (Silvia), Italie, 2012

Outing – Fidanzati per sbaglio, VICINO (Matteo), Italie, 2013

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