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Xavier Daverat, Familles sous les plombs

Familles sous les plombs

Xavier DAVERAT

La communication veut approcher, dans une perspective politique et historique, la représentation de la famille en Italie pendant la période dite des « Années de plomb ».

Après que la voie ait été ouverte à une désagrégation symbolique de la famille dans les années 60 (I Pugni in tasca, Marco Bellochio, 1965 – Teorema, Pier Paolo Pasolini, 1968…), il s’agit de montrer comment celle-ci est au cœur de l’analyse politique, la cellule familiale devenant anxiogène : métaphore généralisée d’un capitalisme prédateur (Lo Scopone scientifico, Luigi Comencini, 1972), marginalisation des franges les plus pauvres – bien après Rocco e i suoi fratelli (Visconti) ou Accattone (Pasolini)  – (Brutti, sporchi e cattivi, Ettore Scola, 1976), révision des utopies surgissant dans le deuil familial (Tre fratelli, Francesco Rosi, 1981), lutte armée précipitée dans un conflit générationnel quand un fils prépare un attentat contre son propre père (Caro papà, Dino Risi, 1979), violence tapie sous le conformisme veule de l’Italien moyen (Un borghese piccolo piccolo, Mario Monicelli, 1977), antagonismes politiques cachés sous le mélodrame (Delitto d’amore, Luigi Comencini, 1974), trouble de l’identité d’une terroriste sous les figures féminines et maternelles (Segreti, Segreti, Giuseppe Bertolucci, 1984), etc.

Comme le montrent les quelques exemples cités, on vise non seulement le cinéma politique proprement dit, mais aussi les films de genre (comédie), auxquels on pourrait rajouter les traumas intrafamiliaux véhiculés par le cinéma populaire (giallo, polizziotescho…).

Au sein d’une période marquée par une radicalité contestataire, une violence politique intense et longue – plus de 12 000 attentats et de 350 morts entre symboliquement, les attentats de la Piazza Fontana (1969) et de la gare de Bologne (1980) –, la famille offre un cadre privilégié d’analyse : modèle matriarcal traditionnel, lesté du poids de l’Eglise catholique, elle n’est plus régulatrice et devient le lieu d’expression des névroses de l’époque. Prise dans le tourbillon d’un monde en déréliction, elle participe de la vision d’une Italie en manque de transcendance.

A tel point, d’ailleurs, que de manière plus oblique, le récent cinéma qui fait « retour » sur les Années de plomb reprend parfois l’écrin familial comme axe de questionnement sur un passé encore traumatique (La meglio gioventù, Marco Tullio Giordana, 2003. – Mio fratello è figlio unico, Daniele Luchetti, 2007…).

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